Cet article s’adresse aux directeurs d’usine, responsables de production, responsables maintenance et amélioration continue qui ont installé un andon, ou qui s’apprêtent à le faire, et qui veulent qu’il serve encore dans six mois. Il traite une question pratique : comment alimenter l’andon avec des arrêts remontés automatiquement par les machines, avec quels seuils, et comment organiser la réaction pour que l’alerte déclenche une action plutôt qu’un réflexe d’indifférence.
- Un andon alimenté seulement par les appels opérateurs rate les arrêts machine et les arrêts courts.
- Les signaux machine disent quand la ligne s’arrête, l’opérateur dit pourquoi.
- Des seuils jaune et rouge écrits, liés au temps de cycle, évitent l’alerte permanente.
- Chaque alerte a un propriétaire, et la revue du TRS traite les micro-arrêts cumulés.
Un andon ne vaut que par le signal qui le déclenche
Le cabinet Pulsa, spécialisé dans la performance industrielle, a publié sur son blog Andon Board : rendre les anomalies visibles en temps réel. L’article explique le fonctionnement de l’andon board, son code couleur (vert quand tout fonctionne, jaune quand un problème est signalé et pris en charge, rouge quand un problème bloque la ligne), puis ses bénéfices : visibilité sur l’endroit et la nature du problème, responsabilisation des personnes chargées de le résoudre, historique qui fait ressortir les incidents récurrents. La phrase qui résume l’enjeu : « Placé à la vue de tous, l’Andon board permet donc d’informer en temps réel les équipes de la survenue d’un incident. »
Cet article apporte la méthode et la logique de management visuel. Celui-ci regarde ce qui se passe en amont de l’écran : d’où vient le signal. Sur beaucoup de lignes, l’andon repose entièrement sur l’appel de l’opérateur. Cela fonctionne pour la qualité, la sécurité ou un manque de matière. Pour les arrêts machine, c’est plus fragile : l’opérateur est occupé à relancer, l’appel part en retard ou ne part pas, et les arrêts courts ne sont jamais signalés. L’écran reste vert alors que la ligne perd du temps.
Quels signaux machine déclenchent l’alerte
Une machine qui produit émet un signal simple : un cycle, une pièce, un mouvement. Quand ce signal s’arrête ou ralentit, on sait qu’il se passe quelque chose, sans attendre que quelqu’un le dise. Voici les signaux les plus utiles pour un andon, et l’usage qu’on peut en faire.
| Signal mesuré | Ce qu’il indique | Usage dans l’andon |
|---|---|---|
| Absence de cycle au-delà d’un seuil | La machine est à l’arrêt | Passage en jaune, puis en rouge si l’arrêt dure |
| Cycles plus lents que la cadence nominale | Dérive de cadence, ralentissement | Alerte jaune si la dérive persiste sur une fenêtre définie |
| Micro-arrêts répétés | Problème d’alimentation, de réglage, de capteur | Alerte sur la fréquence (nombre par heure), pas sur chaque micro-arrêt |
| Arrêt non qualifié | La cause n’a pas été renseignée | Rappel au chef d’équipe pour qualifier l’arrêt |
| Appel opérateur | Qualité, sécurité, matière, aide | Reste manuel : c’est l’humain qui sait |
Le principe : la machine dit qu’elle est arrêtée, l’humain dit pourquoi. Les deux sources se complètent sur le même écran.
Fixer les seuils de durée : quand un arrêt devient une alerte
Un andon qui passe en rouge à chaque seconde d’arrêt devient un bruit de fond. Un andon qui attend dix minutes arrive trop tard. Les seuils se construisent ligne par ligne, avec une méthode simple.
- Partir du temps de cycle nominal. Il donne l’unité de base : un arrêt se juge en nombre de cycles perdus, pas en secondes absolues.
- Séparer micro-arrêt et arrêt. Fixez par écrit la durée en dessous de laquelle un arrêt est un micro-arrêt. Les micro-arrêts ne déclenchent pas l’andon un par un : on surveille leur fréquence.
- Définir le seuil jaune. Au-delà du seuil de micro-arrêt, l’arrêt passe en jaune et le premier niveau est prévenu. Par exemple, sur une ligne qui tourne à un cycle de 20 secondes, une équipe pourra choisir de passer en jaune après 2 minutes d’arrêt.
- Définir le seuil rouge et l’escalade. Si l’arrêt dure au-delà d’un second seuil, il passe en rouge et le niveau suivant est appelé. Ce seuil dépend de la criticité de la machine : plus court sur le goulot.
- Revoir les seuils après quelques semaines. Si l’andon sonne trop souvent sans action, le seuil est trop bas. Si des arrêts longs passent sans réaction, il est trop haut. Les seuils s’ajustent sur des données mesurées, pas sur des impressions.
Qui réagit, et en combien de temps
L’article de Pulsa insiste sur la responsabilisation : un problème visible doit avoir un responsable. Avec des arrêts remontés automatiquement, cette responsabilité peut être écrite noir sur blanc dans une matrice d’escalade. Niveau 1 : le chef d’équipe ou le régleur, prévenu au seuil jaune. Niveau 2 : la maintenance ou la qualité, selon la nature de l’arrêt, prévenue au seuil rouge. Niveau 3 : le responsable de production, si l’arrêt touche le goulot ou dépasse une durée définie.
Deux temps méritent d’être suivis. Le temps de prise en charge, entre le début de l’arrêt et l’arrivée de la bonne personne. Le temps de résolution, entre le début de l’arrêt et le redémarrage. Quand le début de l’arrêt est horodaté par la machine elle-même, ces deux temps ne dépendent plus de la mémoire de qui que ce soit. Ils deviennent des indicateurs que l’on peut revoir chaque semaine, équipe par équipe.
Éviter l’andon que plus personne ne regarde
Beaucoup d’andons finissent en décor. Les causes sont presque toujours les mêmes :
- Trop d’alertes. Des seuils trop bas transforment chaque micro-arrêt en alarme. L’équipe apprend à ignorer l’écran.
- Des alertes sans propriétaire. Si personne n’est explicitement chargé de réagir au jaune, tout le monde attend le rouge.
- Un écran loin du terrain. Un andon placé dans un bureau ou au bout d’une allée ne prévient personne au bon moment.
- Des arrêts jamais qualifiés. Sans cause, l’historique ne sert à rien et les mêmes arrêts reviennent.
- Aucune revue. Si les alertes de la semaine ne sont jamais regardées en réunion, l’andon reste un outil de réaction, jamais d’amélioration.
La règle qui marche le mieux : chaque alerte a un propriétaire, chaque arrêt long a une cause, et chaque semaine on regarde les dix alertes qui ont coûté le plus de temps.
Relier l’andon au TRS et aux micro-arrêts
L’andon et le TRS ne répondent pas à la même question. L’andon dit ce qui se passe maintenant et qui doit bouger. Le TRS dit ce que la ligne a réellement produit par rapport à ce qu’elle aurait pu produire, sur une équipe, une semaine, un mois. Les deux s’alimentent : les arrêts qui déclenchent l’andon sont les mêmes que ceux qui font baisser la disponibilité, et les ralentissements signalés pèsent sur la performance.
Les micro-arrêts sont le cas typique. Pris un par un, ils ne justifient pas une alerte. Cumulés sur une équipe, ils peuvent représenter une part importante du temps perdu, invisible sur l’andon comme sur les fiches manuelles. C’est le TRS mesuré, avec un Pareto des arrêts par durée et par fréquence, qui les fait apparaître et qui permet de décider d’un chantier.
C’est là que se place TEEPTRAK. Un module câblé dans l’armoire électrique et un capteur en bord de ligne détectent automatiquement les arrêts, les micro-arrêts et la cadence réelle, sans connexion à l’automate. L’installation prend environ une heure par machine et le TRS est disponible en 48 heures. Les arrêts remontés horodatés peuvent alimenter les alertes et la revue hebdomadaire, tandis que l’équipe garde la main sur la qualification des causes. TEEPTRAK est aujourd’hui déployé dans plus de 700 usines dans plus de 30 pays.
Pour aller plus loin
- Andon Board : rendre les anomalies visibles en temps réel (Pulsa)
- Micro-arrêts : le tueur invisible de votre TRS
- Détecter les micro-arrêts : capteurs externes, seuils et faux positifs
FAQ
Faut-il supprimer le bouton d’appel opérateur quand les arrêts sont détectés automatiquement ? Non. La machine sait qu’elle est arrêtée, mais seul l’opérateur sait qu’il manque de matière, qu’une pièce est douteuse ou qu’il y a un risque sécurité. Les deux sources se complètent sur le même andon.
À partir de quelle durée un arrêt doit-il déclencher l’andon ? Il n’y a pas de valeur universelle. On part du temps de cycle et de la criticité de la machine, on fixe un seuil jaune et un seuil rouge par écrit, puis on les ajuste après quelques semaines selon le nombre d’alertes réellement suivies d’une action.
Les micro-arrêts doivent-ils apparaître sur l’andon ? Pas un par un, sinon l’écran devient illisible. On surveille plutôt leur fréquence sur une fenêtre de temps, et on les traite dans la revue du TRS, où leur cumul devient visible.
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