Six Big Losses et TRS en 2026 : décomposition Nakajima et plan d’action
Dernière mise à jour : 17 mai 2026. Les Six Big Losses formalisées par Seiichi Nakajima en 1988 restent en 2026 la grille de lecture universelle des pertes de TRS industriel. Leur force méthodologique tient en trois propriétés : exhaustivité (toute perte de TRS s’inscrit dans une des 6 catégories), mutuelle exclusivité (chaque événement compte dans une seule catégorie), opérationnalité (chaque catégorie correspond à des plans d’action distincts). Cet article documente la décomposition complète, le mapping avec les composantes TRS ISO 22400-2:2014, et les plans d’action types par loss.
Les bases méthodologiques s’appuient sur la décomposition canonique publiée par Seiichi Nakajima dans Introduction to TPM (Productivity Press, 1988, ISBN 0-915299-23-2), sur la norme ISO 22400-2:2014 pour les KPIs production, complétées par Shingo 1985 pour SMED, Hirano 1995 pour 5S, et Imai 1986 pour kaizen. Trois exemples concrets : Nutriset (62 % à 80 % de TRS en 4 semaines via attaque ciblée des Six Big Losses dominantes), Hutchinson (40 sites avec décomposition TRS Six Big Losses systématique, MTBF +40 %), Stellantis (€4,8 millions de pertes annuelles cartographiées par les Six Big Losses).
La décomposition complète des Six Big Losses
| # | Loss | Composante TRS | Définition opérationnelle |
|---|---|---|---|
| 1 | Pannes | Disponibilité | Arrêts non planifiés > 5 minutes sur défaillance équipement |
| 2 | Changements de série et réglages | Disponibilité | Temps entre dernière pièce bonne du lot N et première pièce bonne du lot N+1 |
| 3 | Micro-arrêts | Performance | Arrêts courts < 5 minutes, généralement sans intervention maintenance |
| 4 | Ralentissements | Performance | Cadence réelle < cadence nominale, hors temps d’arrêt |
| 5 | Défauts de qualité en production stable | Qualité | Pièces non conformes en régime de production stabilisée |
| 6 | Pertes au démarrage | Qualité | Pièces non conformes ou rebut au redémarrage après arrêt |
Les 6 losses se distribuent sur les 3 composantes du TRS ISO 22400-2:2014 : 2 sur Disponibilité (pannes et changements), 2 sur Performance (micro-arrêts et ralentissements), 2 sur Qualité (défauts et démarrages). Cette symétrie est mémorable et structurante pour le pilotage.
Loss 1 — Pannes : analyse et plan d’action type
Mesure
Détection automatique via plateforme TRS (état machine = arrêt > 5 min sans déclaration changement de série) ou déclaration opérateur (tablette atelier avec catégorisation cause). Mesure du nombre de pannes, durée totale, durée moyenne (= MTTR), temps entre pannes (= MTBF).
Plan d’action type
- Court terme : analyse Pareto des causes de pannes sur 3-6 mois, identification des 20 % de causes produisant 80 % du temps de panne
- Moyen terme : maintenance préventive ciblée sur causes dominantes, déploiement maintenance autonome (pilier 1 TPM)
- Long terme : maintenance prédictive sur signatures détectables (vibration, courant, température), cf. Maintenance prédictive industrie
Loss 2 — Changements de série : analyse et plan d’action type
Mesure
Détection automatique via plateforme TRS (changement de référence produit en MES/GMAO) ou déclaration opérateur. Mesure du temps de changement par changement individuel (P50, P90), pas en moyenne mensuelle qui masque la dispersion.
Plan d’action type
- Court terme : application méthodologie SMED Shingo (cf. SMED changement de série), étape 1 reclassement interne→externe gratuit -30 à -50 %
- Moyen terme : SMED étapes 2-3 (investissements matériels), parallélisation 2 opérateurs
- Long terme : OTED (One Touch Exchange of Die) sur machines à très haute fréquence de changement
Loss 3 — Micro-arrêts : analyse et plan d’action type
Mesure
Critique : les micro-arrêts sont invisibles à l’analyse manuelle Excel + papier. La détection requiert une plateforme TRS avec capteurs IIoT non intrusifs (cf. Capteurs non intrusifs production) qui détectent automatiquement les arrêts < 5 minutes.
Sur les déploiements TeepTrak, les micro-arrêts représentent typiquement 15-35 % des pertes totales TRS, et sont systématiquement sous-évalués en mesure manuelle. C’est la loss la plus « cachée » et souvent la plus rentable à attaquer.
Plan d’action type
- Court terme : Pareto par cause de micro-arrêt (bourrage, capteur, opérateur absent, alimentation matière), traitement des 3-5 causes dominantes
- Moyen terme : poka-yoke (détrompeurs) sur les causes récurrentes, optimisation alimentation matière, formation opérateurs
- Long terme : automatisation des tâches de surveillance, intégration capteurs prédictifs sur les composants critiques
Loss 4 — Ralentissements : analyse et plan d’action type
Mesure
Détection par comparaison cadence réelle (mesurée par capteurs IIoT) vs cadence nominale (référence technique). Mesure du ratio Performance dans le TRS = Cadence réelle / Cadence nominale.
Plan d’action type
- Court terme : audit de la cadence nominale (souvent obsolète, mal calibrée), validation technique du potentiel cadence
- Moyen terme : analyse causale des ralentissements (usure machine, défauts matière, opérateur formé), traitement des causes
- Long terme : modernisation équipement si cadence nominale insuffisante pour exigences marché
Loss 5 — Défauts qualité production stable : analyse et plan d’action type
Mesure
Comptage des pièces non conformes en régime stabilisé (hors démarrages). Calcul du taux de défaut = Pièces non conformes / Pièces produites totales, ou du Premier Passage (First Pass Yield) = Pièces conformes du premier coup / Pièces produites totales.
Plan d’action type
- Court terme : Pareto causes de défauts (5M : Matière, Méthode, Milieu, Main-d’œuvre, Matériel), traitement causes dominantes
- Moyen terme : pilier 4 TPM (maintenance qualité), conditions machine garantissant zéro défaut, prévention plutôt que détection
- Long terme : intégration contrôle qualité en ligne, statistical process control (SPC), six sigma sur les variations résiduelles
Loss 6 — Pertes au démarrage : analyse et plan d’action type
Mesure
Comptage des pièces non conformes ou rebut produites entre le redémarrage machine et l’atteinte du régime stabilisé. Distinction critique vs loss 5 : la cause est l’instabilité transitoire, pas la production stable.
Plan d’action type
- Court terme : standardisation des procédures de démarrage, formation opérateurs aux paramètres optimaux
- Moyen terme : préchauffage matière et outillage hors machine (lien SMED), réglages mémorisés et automatiquement chargés au démarrage
- Long terme : automatisation complète du démarrage (parameters loading, contrôle de stabilisation, validation automatique avant production conforme)
Six Big Losses mapping TRS — fiche technique + plans d'action par loss
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La méthode d’attaque des Six Big Losses en 2026
Étape 1 — Décomposition initiale du TRS
Mesure automatique du TRS et de ses 3 composantes (Disponibilité, Performance, Qualité) sur 4-12 semaines via plateforme TRS. Décomposition de chaque composante en losses Nakajima par catégorisation des arrêts et défauts. Identification des 2-3 losses dominantes (typiquement > 60 % des pertes totales).
Étape 2 — Priorisation par impact économique
Valorisation économique de chaque loss : impact en heures de production perdues × coût horaire de la machine, ou impact en pièces non conformes × coût unitaire pièce. La priorisation se fait sur l’impact économique, pas sur le pourcentage de TRS perdu (les losses qualité sont souvent économiquement plus impactantes que leur poids TRS apparent).
Étape 3 — Kaizens ciblés par loss
Pour chaque loss prioritaire, kaizen blitz 3-5 jours avec équipe pluridisciplinaire : analyse causale (5 pourquoi, Ishikawa), conception solution, mise en œuvre pilote, mesure du gain. Cf. Kaizen amélioration continue.
Étape 4 — Pérennisation et boucle PDCA
Standardisation des nouvelles pratiques (modes opératoires écrits, formation équipes), mesure continue via plateforme TRS, détection automatique des dérives, redéclenchement kaizen si nécessaire. Cycle PDCA continu.
L’exemple Nutriset : 62 % → 80 % de TRS en 4 semaines
Cas illustratif documenté du déploiement TeepTrak chez Nutriset. État initial : TRS 62 %, perception « machines en bon état ». Après mesure plateforme TRS et décomposition Six Big Losses :
- Loss 3 (micro-arrêts) : 14 points de TRS perdus, principalement par bourrage capteur photoélectrique mal calibré
- Loss 4 (ralentissements) : 9 points perdus, cadence nominale obsolète vs potentiel réel
- Loss 6 (pertes démarrage) : 5 points perdus, procédure de démarrage non standardisée entre shifts
Traitement en 4 semaines : recalibration capteurs (loss 3), validation et mise à jour cadence nominale (loss 4), standardisation démarrage (loss 6). Résultat : TRS 80 %, soit +18 points en 4 semaines sans investissement matériel significatif.
Cet exemple illustre la puissance de l’attaque ciblée des Six Big Losses sur signature quantitative : les gains rapides existent partout où la décomposition n’a jamais été faite rigoureusement.
Les 5 erreurs fréquentes du traitement des Six Big Losses
- Traiter les 6 losses simultanément. La dispersion des moyens est l’échec garanti. La priorisation sur 2-3 losses dominantes est la règle.
- Négliger les micro-arrêts (loss 3). Invisibles à l’analyse manuelle, ils représentent typiquement 15-35 % des pertes totales et sont souvent les plus rentables à attaquer.
- Confondre loss 5 et loss 6. Les défauts en production stable (loss 5) et les pertes au démarrage (loss 6) ont des causes et des plans d’action différents. Les fusionner masque les leviers d’action.
- Ne pas valoriser économiquement. La priorisation sur le pourcentage de TRS perdu mène à des arbitrages sous-optimaux. La valorisation économique (impact € par loss) est nécessaire pour la priorisation correcte.
- Sans plateforme TRS automatisée. La décomposition fiable des Six Big Losses (notamment loss 3 micro-arrêts et loss 4 ralentissements) requiert une plateforme TRS avec capteurs IIoT. Excel + papier sous-estime systématiquement ces 2 losses.
Démarrer une décomposition Six Big Losses sur votre site
La méthode pragmatique en 2026 : POC TeepTrak 4-6 semaines sur 2-3 équipements représentatifs, décomposition automatique TRS Six Big Losses, identification des losses dominantes, valorisation économique, plan d’action ciblé. Cette démarche initiale permet de quantifier le potentiel d’amélioration avant tout investissement structurant.
POC Six Big Losses : décomposition TRS sur 3 équipements en 4-6 semaines
Questions fréquentes
Quelles sont les Six Big Losses de Nakajima ?
1. Pannes > 5 min. 2. Changements de série et réglages. 3. Micro-arrêts < 5 min. 4. Ralentissements (cadence sous-nominale). 5. Défauts qualité production stable. 6. Pertes au démarrage. Décomposition canonique TRS publiée par Seiichi Nakajima en 1988.
Comment se distribuent les 6 losses sur le TRS ?
Disponibilité : losses 1 (pannes) et 2 (changements). Performance : losses 3 (micro-arrêts) et 4 (ralentissements). Qualité : losses 5 (défauts stables) et 6 (pertes démarrage). 2 losses par composante du TRS ISO 22400-2:2014.
Quelle est la loss la plus souvent sous-estimée ?
Loss 3 (micro-arrêts). Invisibles à l’analyse manuelle Excel + papier, ils représentent typiquement 15-35 % des pertes totales TRS. Leur mesure requiert une plateforme TRS avec capteurs IIoT non intrusifs.
Comment prioriser les Six Big Losses ?
Par impact économique = heures de production perdues × coût horaire machine ou pièces non conformes × coût unitaire. Pas par pourcentage de TRS perdu (les losses qualité sont souvent économiquement plus impactantes que leur poids TRS apparent).
Quel plan d’action pour la loss 1 (pannes) ?
Court terme : Pareto causes de pannes sur 3-6 mois. Moyen terme : maintenance préventive ciblée + maintenance autonome (pilier 1 TPM). Long terme : maintenance prédictive sur signatures détectables (vibration, courant, température).
Quel plan d’action pour la loss 2 (changements) ?
Court terme : SMED étape 1 (reclassement interne→externe gratuit, -30 à -50 %). Moyen terme : SMED étapes 2-3 (investissements matériels), parallélisation. Long terme : OTED sur machines à très haute fréquence de changement.
Quel plan d’action pour la loss 3 (micro-arrêts) ?
Court terme : Pareto par cause (bourrage, capteur, opérateur absent, alimentation matière). Moyen terme : poka-yoke sur causes récurrentes. Long terme : automatisation des tâches surveillance, capteurs prédictifs.
Différence entre loss 5 et loss 6 ?
Loss 5 (défauts qualité production stable) : pièces non conformes en régime stabilisé, causes mécaniques ou process. Loss 6 (pertes au démarrage) : pièces non conformes au redémarrage avant atteinte régime stable, cause instabilité transitoire. Plans d’action distincts.
Peut-on décomposer les Six Big Losses sans plateforme TRS ?
Partiellement seulement. Les losses 1, 2, 5, 6 sont mesurables manuellement avec dégradation. Les losses 3 (micro-arrêts) et 4 (ralentissements) nécessitent capteurs IIoT et plateforme TRS automatisée pour mesure fiable.
Quelle est l’erreur la plus fréquente du traitement Six Big Losses ?
Traiter les 6 losses simultanément. La dispersion des moyens est l’échec garanti. La règle est : priorisation sur 2-3 losses dominantes par impact économique, traitement séquentiel par kaizens ciblés.
Auteur : François Coulloudon, CEO, TeepTrak. Relecture : Bastien Affeltranger, CTO. Références croisées : SMED changement de série, Méthode 5S industrielle, Kaizen amélioration continue, TPM 8 piliers Nakajima. Dernière vérification : 17 mai 2026 contre Nakajima 1988 et ISO 22400-2:2014.
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